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Sund vous observe...
 

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 Le Double et la Demie (suite)

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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Le Double et la Demie (suite)   Lun 3 Oct - 12:42

Suite de : Le Double et la Demie (Allées Marchandes)

Plus ils approchaient la plage, plus Ennelle s’emblait sortir de sa léthargie. Samain, ravi que Beltaine assaille sa collègue de questions sur le potentiel –questions auxquelles elle n’avait à vrai dire pas le temps de répondre avant qu’il n’en pose une autre-, pouvait observer la demoiselle à loisir.

Il trouva finalement ce qu’elle lui évoquait : la figure de proue d’un bateau –joliment sculptée, s’il vous plait- qui à force de voyage, peut-être, aurait gagné son droit à une âme. C’est cela. Qu’y a-t-il de plus triste qu’un bateau en cale sèche ? De plus mort, de plus inanimé, de plus déplacé ? Et voilà qu’on amenait la fière goélette vers son milieu naturel et déjà, son bois craquait de plaisir, ses voiles attendant avec impatience qu’on les déploies, son pont avide du pas des marins, et la figure de proue semblant prendre vie, prête à parler, rire ou chanter avec la mer son adorée symbiose avec l’océan, impatiente de glisser dessus, fendre les vagues et s’offrir le monde. Oui, quelque part, Enelle rappelait à Samain une figure de proue.
- T’as pas de meilleure comparaison ?
Beltaine, qui avait dû capter l’image, changea brusquement d’interlocuteur et coupa brutalement le Sidhorin dans ses réflexions à la poésie marginale.
- Continue d’ennuyer En’, toi !
- C’est une méduse, laisse tomber le reste !
L’ennui avec Beltaine, c’est que lorsqu’il était hyperactif, comme c’était souvent le cas lorsqu’il n’était pas sorti depuis longtemps, Samain ne pouvait pas garder beaucoup de ses réflexions pour lui.
C’est sans même y penser qu’il avait surnommé la serveuse, habitué qu’il était à la tradition familiale : donner des sobriquets débiles à tout le monde. Et si cette partie de son éducation était foisonnante chez son reflet, lui-même, pas pure compassion, se contentait de diminutifs tout simples.

Légèrement déséquilibré par le seul silence que lui renvoya Samain, Beltaine se tut. Sans doute réfléchissait-il encore au potentiel : un sujet qui lui tenait à cœur. Plus il en découvrirait, plus il aurait d’idées pour se défaire totalement de Samain, et en dépit de son ironie et de son agitation, Beltaine réfléchissait beaucoup. Comme Sam, évidemment. Ils étaient toujours étroitement liés, Beltaine étant fabriqué aux trois quarts -que dis-je, au sept huitième- de Samain, pâle copie d’un être réel. Le huitième restant était seulement ce qui lui permettait d’interpréter les choses légèrement différemment, d’agir plus vivement, plus dans les extrêmes, comme pour bien montrer que lui aussi, il existait. Samain regarda son faux jumeau muet et à nouveau, se promit de tout faire pour le rendre réel. Sauf user de son pouvoir. Ca, c’était indiscutable.

Et, ils furent sur la plage. La grande bleue s’étendait à leurs pieds et Samain comme Beltaine regagnèrent instantanément leurs sourires. Par curiosité, le garçon lança un coup d’œil discret à sa complice et son envie d’océan le frappa plus puissamment encore ! Il en grimaça. Pas de doute, au moins, cette perception ne lui appartenait définitivement pas. Enelle Stark la lui insufflait.
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Enelle Stark


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Mar 4 Oct - 18:48

Enelle se figea.

Une bourrasque repoussa ses cheveux en arrière. L’air marin lui fouetta agréablement le visage ; le cri d’une mouette épousa brièvement le chant des vagues.
La mer.

Son esprit chantonnait.
La mer, la mer, la mer.

C’était plus qu’une envie, c’était un appel enivrant et doucereux. Puissant. Elle sentit tout son être entraîné par la houle, comme happé par le flux et le reflux, l’écume lui soufflait déjà son amour. Elle fut tentée quelques instants de se précipiter, de courir, de plonger, de sentir l’eau salée coller ses vêtements sur sa peau, dans une embrassade glaciale et sereine. Elle étouffait de réprimer son urgence.

C’était douloureux, comme à chaque fois. L’instinct, une peur qu’elle ne saurait nommer, bridait cette joie qui voulait pourtant la transcender. Ne pas s’approcher. Ne pas y retourner. Le tout se superposant avec son premier souvenir, vivace et intense ; celui de son éveil, le sable sur sa peau, la brise sur ses os glacés. Un sentiment étrange que cette nostalgie qui l’étreignait, cette pointe de désespoir qui la transperçait. Touchée en plein cœur. Son passé dissimulait-il une angoissante agonie ?

Parfois, elle se demandait si elle n’était pas morte.

Elle repoussa ses sentiments contradictoires, les enfouit bien profondément en elle, plus loin encore que le sable des tréfonds. Elle prit une grande inspiration et se concentra sur le positif pour ne pas se laisser étourdir. Elle aimait la mer, ce bleu, le contact de l’eau. Son chant, aussi triste fût-il. Cette vie, oscillante, qui la berçait. Il fallait faire abstraction du reste pour le moment – inutile de s’encombrer lorsque la mémoire lui faisait défaut, son corps aurait tout le loisir de lui rappeler les faits passés lorsqu’elle serait en mesure d’y associer des souvenirs.

Enelle revint doucement à elle, semblant se rappeler de la présence de Samain et de son reflet. Qu’avaient-ils perçu de sa réaction ? Peut-être étaient-ils trop ancrés dans leur enthousiasme pour pouvoir remarquer l’attitude pour le moins étrange de la blonde. Ou alors, ils pouvaient n’être que trop habitués à ses absences et Beltaine aurait même pu l’appeler « navet » qu’elle n’aurait pas été en mesure de le noter… Mais elle n’y croyait pas trop, néanmoins, à cette possibilité d’être passée inaperçue. Le duo était d’un naturel trop curieux, trop intrigué et intriguant pour se priver du spectacle. Mais ils ne la jugeraient pas, ça, elle l’avait compris. Et elle ne les en trouvait que plus attachants.

Advienne que pourra.
Elle inspira une nouvelle goulée d’air marin, s’arracha à sa contemplation pour savourer l’aspect du sable qui crissait sous ses chaussures. Tentée, hésitante, elle fit un pas vers l’avant. Elle réfléchit à nouveau, puis se laissa tomber sur les fesses, avec une légèreté surnaturelle. Elle retira ses chaussures, puis ses chaussettes, retroussa un peu son jeans à la coupe droite. La brise, joueuse, lui arracha un frisson. Elle joua quelques secondes à enfoncer ses orteils dans le sable, se laissa chatouiller par les grains.
La voilà parée.

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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Mer 5 Oct - 10:02

Il crut qu’une furieuse bourrasque l’avait frappé en plein dos pour propulser son âme avec elle, en avant, vers la mer. Il crut abandonner son corps à un sommeil profond comme un enfant entre les bras de sa mère, quand le vent continuait de jouer avec son âme au-dessus des flots, lui faisant goûter à cette fabuleuse saveur : la liberté. Il crut avoir trouvé son chez lui, sa symbiose, son foyer. Il crut sentir l’océan l’engloutir jalousement, glisser ses mains fraiches sur sa peau et le serrer en son cœur, lui promettre de toujours être ensemble, de ne jamais plus se séparer. Il crut que…

- Samain !

Une fissure. Samain ? Ah, oui, peut-être. Samain ? Oui… Oui ce nom lui était familier…

- Samain nom d’Uen reprend-toi ! C’est toi, tu es Samain. Samain. Samain.

Les noms détiennent un pouvoir. C’est du moins ce que l’on raconte. Que Beltaine lui répète doucement la formule le fit petit à petit revenir à lui-même, se recentrer sur sa personne, sur « Samain ».
Prenant subitement conscience qu’il avait oublié de respirer, le garçon prit une profonde inspiration et calma les battements de son cœur, emporté par l’ivresse qui l’avait transcendé. Une rage terrible s’empara alors de son esprit encore embrouillé de sensations diverses et il serra à s’en faire blanchir les jointures la petite amulette à travers son t-shirt : même si Beltaine faisait effet de portail, il ne se disloquait plus, normalement ! N’était-elle pas censée l’empêcher de faire ça ? Ce qu'il pouvait haïr ce mille fois maudit pouvoir !
Quelques secondes passèrent avant que le garçon ne desserre les dents. Evidemment, l’amulette avait des failles. La perception d’Enelle qu’il avait capté devait avoir quelque chose de trop singulier pour que le potentiel de sa mère ne puisse y répondre. Ou bien peut-être Enelle contournait-elle l’objet, qui sait… ? Sakura Lowy l’avait bien fait, en son temps, et sa petite sœur aussi...

Il s’ébroua comme un chiot mouillé, puis se calma tout à fait. Enelle sembla redescendre sur terre, elle aussi. Tant et si bien qu’elle s’assit sur la plage, se mit pied nu et enfouie les orteils sous le sable.
Samain la regarda, attendit les milliers de questions qui ne pourraient que lui venir à l’esprit sur l’étrange fille à sa gauche et… renonça. Tout ça, c’était à elle. A elle seule. Et si la curiosité le poignait, il se sentait irrité de s’être immiscé dedans sans invitation.

Le Sidhorin se laissa tomber sur le sable à son tour, avec souplesse mais beaucoup moins de grâce, et, contempla la mer. Silence… Beltaine était parti. Enfin, revenu en fait. L’impact avait perturbé le don de Samain et le reflet était retourné de son côté du miroir, sans doute enivré de cette nouvelle émotion et la retournant en tout sens.

Il laissa s’écouler un temps, de peur de troubler des retrouvailles qu’il ne saisissait pas, puis, doucement, il glissa :

- Tu… as grandi sur la mer ?




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Enelle Stark


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Sam 8 Oct - 14:40

Le sable.
C’est drôle, le sable, non ?

Enelle laissa son esprit flâner quelques minutes ; il effleurait l’air marin, avec plus de calme et de parcimonie. Elle savourait chacune de ses inspirations. Fut prise d’une envie de fredonner. Ne le fit pas. Et ses pieds, dans le sable, qui taquinait sa peau. Elle n’avait pas prêté attention aux paroles de Beltaine, trop accaparée par l’intensité de ses propres sensations. Elle revenait à elle, doucement, laissant le chant se faire plus lointain, plus diffus. Mais son regard, lui, ne pouvait quitter l’étendue d’eau. Impossible. Hypnotisée.

« La mer ? »

Enelle laissa la question en suspens pour qu’elle s’estompât doucement dans la rumeur des vagues. Lentement, son esprit fit le lien entre les flux de potentiel vaguement ressentis et la question de Samain. Une question personnelle. Une question sur son passé. À quoi bon mentir ? Elle se contenta de hausser les épaules, naturelle.

« Je ne sais pas. »

La vérité lui échappait, sous sans qu’elle ne réalisât vraiment. Elle ne savait pas d’où lui venait sa confiance envers son collègue, mais quelque part, elle aimait ça, appréciait cette proximité qu’induisait l’honnêteté. Peut-être parce que c’était sa première véritable interaction civilisée hormis Elliott… Après tout, elle passait ses journées à ignorer les gens, la tête ailleurs, le regard dans le vague. Rien de bien palpitant, contrairement à ce début de soirée qui s’était montré pour le moins trépidant, grâce à Samain et Beltaine. D’ailleurs…

« Beltaine a disparu… »

Un constat, relativement neutre, pas une once de déception. Elle savait qu’il était quand même là, en quelque sorte, et ne s’inquiétait pas tellement de son sort. Même si elle n’entendrait plus ses piques et ses remarques si amusantes quand il se disputait gentiment avec l’original. On pouvait y voir aussi une faible tentative de la part d’Enelle pour changer de sujet. Faible, parce qu’elle n’en avait pas réellement conscience – elle esquivait les questions sur son passé en les éludant en général ; elle avait au moins gratifié Samain d’une réponse. Bel effort.

Spoiler:
 

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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Dim 9 Oct - 19:05

« Je ne sais pas. »

Samain eut un temps d’arrêt. Elle ne savait pas. Elle ne savait pas si elle avait grandi sur la mer. C’était… Samain fronça les sourcils, contemplant d’un air grave le poisson qu’il dessinait dans le sable. C’était pourtant pas dur, comme question ! Elle devait bien savoir si elle avait grandi avec un pont sous les pieds, une falaise ou bien une terre bien du centre !
Une brève et folle théorie comme quoi elle n’avait pas dû voir sur quoi se posait ses pieds à cause de sa frange trop longue effleura un instant l’esprit productif de Samain avait d’aller se perdre dans l’océan des hypothèses ridicules.
Elle ne savait pas. Bon. Peut-être n’avait-elle pas bien compris sa question. Peut-être qu’elle ne voulait pas y répondre, tout simplement. Peut-être qu’elle était amnésique mais ça semblait un peu trop dramatique. Peut-être qu’elle était psychologiquement instable… Il lança un coup d’œil vers sa voisine : elle semblait beaucoup plus épanouie. Comme en résonnance avec cet environnement marin qu’il était évident qu’elle adorait. Le garçon resongea à ce qu’il avait partagé de son étrange relation à l’océan et frissonna. Il détestait son pouvoir. Vraiment.

« Beltaine a disparu… »

Ou comment changer de sujet. Samain en conclut que l’option selon laquelle Enelle ne désirait pas répondre à sa question était la plus probable, mais pourquoi ne pas le lui dire carrément ? Il s’en sentit irrité, et enfonça un peu rudement les doigts dans le sable autour de son poisson, se tordant le majeur. Il grimaça, se traita mentalement d’imbécile, referma la main sur la poignée de sable qui avait été un pseudo poisson clown hybridé avec une raie, un cochon et peut-être même un diplodocus (qui a dit que Sam’ dessine mal ?) et répondit enfin :

- Oui.

Réponse on ne peut plus plate et inutile, mais que répondre à un constat fait sans une once d’inflexion particulière dans la voix ? Il fit un effort pour trouver autre chose à dire, puisqu’il fallait manifestement changer de sujet…

- Enfin non, en fait.

Raté. L’inspiration lui manquait cruellement. C’est à dire que dans sa nature première, Samain n’était pas très doué pour ce genre de subtilités… Il ajouta, à voix basse, plus pour lui même, un vague « c’est même plutôt le contraire » en pensant à ce qu’avait dû avaler Beltaine de la perception précédente… Voilà que son idiot de double allait aimer la mer. Du moins, peut-être ? Samain songea à vérifier l’affaire en prenant le bout de miroir qu’il portait sur le même cordon que son amulette et lui permettait de faire passer Beltaine du côté réel à tout instant, mais se ravisa. Un peu de paix…

Il garda le silence, cherchant sans trop faire d’effort de quoi continuer la conversation, puis lâcha, comme une pierre :

- Je suis pas doué pour changer de sujet. Y’a un truc de quoi t’aime parler ?

Et lui, il aimait parler de quoi… ?

- J’ai une amie qui ne parle que d’elle, mais ça na pas l’air d’être ton cas, fit-il, pensif. Ma sœur commente pendant des heures les bagarres qu’elle a arbitré dans les rues, mais c’est une brute. Mon petit frère raconte les histoires qu’il a lu à droite à gauche, ma sœur ainée chante faux et mal, mon autre frère la raille…

Puis, comme les frasques de son don s'estompaient dans leur métamorphose en souvenir, son sourire revint, amical, chaleureux et pour l'heure, ironique :

- M’enfin tu as le droit de ne pas aimer bavarder, évidemment.



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Enelle Stark


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Lun 10 Oct - 8:45

Brièvement, Enelle se demanda pourquoi il fallait forcément parler. Le silence, le chant de la mer et de la brise n'étaient-ils pas suffisants pour complaire ? Voilà qui rendait à ses yeux la nature humaine toujours plus étrange ; elle considérait qu'il y avait d'autres moyens de communiquer. Les mots n'étaient pas toujours nécessaires, et, en vue de son don, Samain était probablement mieux placé que quiconque pour le comprendre.

Puis, écoutant le bavardage du garçon, paisible, elle posa son menton sur ses genoux ramenés contre sa poitrine et enfouit ses orteils sous le sable froid. Alors comme ça, elle avait le droit de ne pas aimer papoter ? Oui, probablement. Mais qu'aimait-elle ? La question avait beau être claire dans son esprit, elle ne savait que répondre. Le sentiment d'aimer quelque chose dépendait-il aussi de la mémoire. En partie, devinait-elle, alors que ce vide si familier se faisait plus béant encore en elle. Sinon, elle pourrait répondre, elle pourrait lui dire ce qu'elle aimait, ce qui était lier à de si bons moments passés avec sa famille. En avait-elle une, de famille ? Ou bien était-elle qu'une pauvre orpheline ? L'ignorance la tourmentait, bien qu'elle n'en laissât rien paraître.

L'évocation de l'entourage de Samain la fit sourire.
Elle trouvait incroyablement adorable, cette façon spontanée qu'il avait de s'exprimer, de dépeindre son quotidien à travers des faits anodins. Elle l'enviait un peu. Mais pas trop non plus ; Enelle n'était pas de ceux qui se laissaient rongés par une jalousie mal placée. Finalement, elle tourna la tête vers lui, sans détacher son visage du creux de ses genoux. La tête ainsi penchée, ses cheveux retombaient en arrière et sur son jeans, sa frange, penchée, découvrait ses prunelles singulières. Ses boucles blondes se balançaient doucement au gré de la brises, mais pas trop non plus, raides et capricieuses qu'elles étaient.

« Tu as une famille nombreuse. »

Encore une fois, une constatation, ni plus, ni moins. Une simple pensée qu'elle exprimait à voix haute, comme pour souligner qu'elle avait compris. Drôle de procédure propre à notre blondinette. Elle fit mine de réfléchir quelques instants. Non, effectivement, elle n'avait pas grand-chose à raconter, pas de tableau familial à exposer, pas d'histoires lues à raconter. Sa vie se résumait à ses sorties, son chez-elle et son travail. Et, elle doutait vraiment que ce qui lui semblait incongru chez les clients intéressât vraiment son collègue.

« Je n'ai rien de particulier à dire. Mais je ne chante pas faux. »

Elle chantait bien, même, mais ne le dirait pas. Tout juste si elle en avait conscience. Ce n'était qu'un écho des compliments qu'on avait pu lui faire à la dérobée, et elle estimait que chacun pouvait se faire sa propre idée sur la question. Un peu comme un dessin, dont l'auteur pouvait être doué d'un point de vue technique, faire appel à des procédés ingénieux, sans pour autant que le résultat atteigne une esthétique convenable. Et puis, Enelle ne chantait pas ce qui se fredonnait dans la rue, ces airs populaires ou connus. Elle avait tout ces chants dans la tête, cette mélodie enivrante qui peuplait son sommeil et s'intensifiait dans la journée, cette hymne qui faisait parti d'elle, qui avait un lien avec son passé. Cela renforçait son statut d'étrangère aux yeux de tous, elle en avait conscience. Mais, secrètement, elle espérait qu'un jour, quelqu'un connût la chanson, lui en dévoile l'origine. Une piste, enfin.

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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Lun 10 Oct - 21:41

A vrai dire, Samain sans Beltaine n’était pas particulièrement bavard. Seul, il se complaisait dans ce silence riche d’un millier de choses diverses qui racontait tout ce qui existait à qui savait écouter. Il savourait ces instants de plénitude qui différaient tellement de l’ambiance envahissante de chez lui, surtout depuis que les parents n’étaient plus là pour faire régner un très vague semblant d’ordre.

Mais quelque chose chez Enelle lui donnait envie de se sentir agir, bouger, parler, vivre. Peut-être pour essayer de lui communiquer un petit éclat, un petit quelque chose de « présent ». Oui, quelque chose de présent. Quelque chose qui disait qu’elle était bel et bien là ici et maintenant. Un peu comme tout à l’heure, lorsqu’elle l’avait entrainé jusque devant les miroirs.
C’était… de la curiosité, plus qu’autre chose. Samain n’allait pas se complaire en compassion déplacée, du tout, il prenait les gens comme ils venaient, mais il avait comme subitement besoin d’être vif pour deux. Et puis il y avait cette impression de vide, de manque, de heurt qu’il avait éprouvé naguère, lorsque Beltaine était encore là. Ca lui avait tout sauf donné envie de sombrer dans un mutisme méditatif, complatif ou n’importe quel tif que ce soit ! Il était vrai néanmoins que l’impression l’avait déserté… Si Samain en était à réfléchir là dessus, peut-être se serait-il dit que Beltaine avait alors joué son rôle de portail réflecteur et tout comme il lui avait transmis le puissant rapport d’Enelle à la mer, il lui avait aussi passé, à moindre mesure, l’amnésie qui gênait la demoiselle. Mais Samain ne s’interrogeait pas pour l’heure, et attendait patiemment que sa collègue lui réponde, tout en dessinant un nouveau poisson (qui avait plus un air de poussin, de caméléon et de pélican, si quelqu’un s’intéresse à la griffe artistique du monsieur).

Il leva la tête de son… œuvre… et ses yeux furent happés par deux lagunes d’un bleu surement pas homologué tant il… Il se détourna. Les yeux sont une vitre sur l’âme, dit-on, et il en avait déjà bien assez vu en douce sans qu’il ne provoque en plus son don.

Enelle répondit de sa voix non pas morne, mais simple. Sans inflexion. Il poussa un soupir, sans égard pour la discrétion. Ce qu’elle était étrange, comment pouvait-on être aussi neutre ? Pour s’amuser, il essaya de l’imaginer en colère, en train de hurler sur un client de l’auberge, l’attaquant avec une poêle à frire et braillant de toute la force de ses poumons des horreurs à écorcher les oreilles d’un poissonnier ayant glissé sur son homard… Cela le fit rire, un petit « tss » mais déjà plein de la joie brut propre au clan Sidhorin.

Elle poursuivit et cette fois Samain eut un éclat de rire un peu plus franc :

- Tu pourrais donner des cours à Ana, tu aurais toute la maison à tes pieds ! fit-il d’un ton plaisantin et enthousiaste.

Il considéra son poisson, secoua la tête et l’effaça du talon, puis croisa les jambes en tailleur.

- Tu aimes chanter alors… Oui, ça te va bien ! Chante pour voir ?


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Mar 11 Oct - 7:27

Sourire aux lèvres, Enelle traça de ses doigts des vaguelettes dans le sable. Signe de l’amour inconditionnel qu’elle portait à l’océan, ou bien avait-elle deviné que les gribouillis de Samain étaient un poisson ? Qui sait… Elle se redressa et posa à nouveau son regard son collègue, à nouveau dissimulée derrière sa frange, bien qu’agitée par les bourrasques iodée de temps à autre.

Cela lui allait bien, de chanter ? Vraiment ? C’était plutôt étrange… Elle ne pensait pas que quelque chose puisse lui aller. Comment pouvait-il décréter cela ? Elle trouvait ça… intriguant. Et, aimait-elle vraiment chanter ? Là encore, la question lui semblait résonner dans le vide de sa petite tête. Une question existentielle, pour sûr. Et frustrante. Parce qu’apprécier ou non quelque chose faisait probablement parti des sentiments humains les plus élémentaires et que n’y trouver aucune réponse faisait d’elle une espèce d’extra-terrestre ambulant. Mais elle ne l’avouerait jamais à voix haute, jamais de façon crue et concrète. C’était à mots voilés, avec des « je ne sais pas » sibyllins qu’elle dissimulait son secret ; la plupart des gens pensaient bêtement qu’elle n’avait pas envie de leur répondre ou qu’elle était bizarre. Naturellement.
Puis, il lui suffisait de s’en ficher…

Enelle adopta la même position que Samain, en tailleur, et enfonça ses doigts dans le sable, dont la texture l’émerveillait, bien que trop sèche – le sable mouillé était un peu plus amusant, plus dense, malléable et à la fois résistant d’avantage. Une brève image de grains de sables s’élevant dans l’eau au gré des courants et des mouvements marins s’imposa à son esprit, pour s’effacer aussitôt. Imagination, ou préquelle de souvenirs ? Elle chassa la déception de son esprit à peine commençait-elle à s’y immiscer, gardant son trouble pour plus tard. Il ne fallait pas gâcher l’instant, puisqu’elle faisait une faveur à son nouvel ami. Elle n’avait jamais chanté pour qui que ce fût depuis qu’elle avait échoué sur la plage…

Le vint alors la mélodie, fredonnée, douce et calme, presqu’hésitante. Elle rappelait indubitablement les échos de la mer, évoquait les fonds marins, l’obscurité qui lui était propre, la pesanteur de l’eau, sa force, la résistance qu’elle présentait quand on s’y déplaçait avec lenteur. Tandis que le chant s’amplifiait, elle évoquait la vie, l’espoir, le mouvement perpétuel. Quelque chose d’animal, aussi, de primitif, de profond. Alors, seulement, Enelle se sentit transportée, et fut bien forcée d’admettre qu’elle aimait chanter, surtout sur la plage, là, sous la caresse de la brise et du sel, le soleil embrasant l’horizon, et Samain pour l’écouter. Même si elle était dépourvue de souvenir, elle se sentait vivante comme jamais, comme si ce chant prenait la forme de confession et qu’un poids s’ôtait de son cœur.

Elle s’arrêta, brusquement, son souffle comme coupé, suffoquée.
Encore une fois, elle peinait à revenir à elle, la surprise, plaisante ou inquiétante, elle l’ignorait, la fit frémir. Elle passa une main dans ses cheveux, chose qu’elle ne faisait jamais d’ordinaire, sans se soucier des grains de sables qui tombaient de ses mains pour s’y accrocher. Et alors, seulement, elle souffla sous l’impact de la révélation.

« C’est la première fois que les paroles me viennent… »

Une litanie dans un dialecte étranger, dont elle ne comprenait même pas la signification.

Eveil.


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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Mar 11 Oct - 19:13

Lorsqu’elle commença à chanter, Samain fixa son regard sur la mer qui ondoyait paresseusement dans l’indigo de la nuit se déployant sur Al Dryen. Elle chantait bien, effectivement, et juste –ce qui n’était absolument pas négligeable. Pourtant au début, ce n’était que des notes douces, basses, incertaines. Quelque chose qui s’accrochait aux vagues et rendait toute l’atmosphère ambiante hypnotique, comme subitement coupée du monde qui retenait son souffle, pris dans un cocon qui n’admettait rien d’autre qu’eux deux et l’océan.

Et puis, le vent se leva sous la bulle à part qu’Enelle avait créée, un vent puissant, joueur et sûr, et alors que sa voix gagnait en force, ses notes en panache, sa mélodie en profondeur, Samain fut un bref instant traversé par un effroi glacial : n’avait-il pas fait une erreur ? Il ferma les yeux, serra les dents et attendit l’impact de son maudit pouvoir. Ce chant… Mais n’était-il pas incroyable ? Le garçon ne pouvait s’empêcher de l’entendre, de vouloir le saisir, le comprendre, mais les paroles lui échappaient. Il était suffisamment cultivé pour savoir que le dialecte ne venait ni de Hun, ni de Yol, qu’était Enelle, finalement ?

L’amulette sur la poitrine de Samain se réchauffait sourdement, tant et si bien qu’elle finit par le brûler mais elle tint bon. Alors, il s’abandonna au chant d’Enelle. Il posa son regard noisette sur elle et une évidence le frappa avec la force des révélations les plus basiques et élémentaires. Tout allait parfaitement ensemble. Il trouva la jeune femme non plus étrange, mais effrayante de beauté. Son chant, sa peau, ses yeux révélés par la brise taquine, tout était aussi différent, aussi décalé, aussi fabuleusement Autre. Aussi beau. Aussi irréel. Aussi chimérique. Enelle venait d’ailleurs. Et lorsqu’elle chantait, elle était bel et bien là. Maintenant. Et vive.

Puis, tout s’arrêta. Samain redescendit brutalement sur terre. Il s’ébroua et tourna la tête vers la jeune femme, encore un peu engourdi par son chant. Pourquoi s’était-elle arrêtée ? Il fut stupéfait de la trouver toute retournée ! C’était plutôt à lui de faire cette tête là. Cependant, Samain avait une expression on ne peut plus neutre : il ne savait pas, à vrai dire, qu’elle trogne tirer… Les bribes de son esprit se fracassaient les uns contre les autres, le laissant totalement inerte. Une idée toutefois trônait : l’amulette était extraordinaire, heureusement que Beltaine n’avait pas été là ! D’ailleurs… Il tira une grimace lorsque la douleur s’éveilla et lui carbonisa la chair… Il saisit le cordon de son pendentif, et posa le petit objet rond aux composants compliqués par dessus son t-shirt. Puis, il revint à Enelle, maintenant presque inquiet de la voir aussi chamboulée.

« C’est la première fois que les paroles me viennent… »

Alors là… Si Samain n’avait pas trouvé comment réagir au chant, la phrase le déséquilibra tout à fait. Certes la demoiselle Stark aurait pu être tout simplement de ceux qui sortent des phrases qui ne veulent rien dire, sauf pour eux, comme ça, spontanément et très bien ! Chacun était ce qu’il voulait, pas de problème avec ça. Mais Enelle avait l’air affolée. Ou plutôt frappée. Cette histoire devait lui être d’une importance capitale. Samain la regarda stupidement un instant, essayant de trier ses pensées, de comprendre le pourquoi du comment de la façon dont pouvait bien fonctionner la jeune femme à ses côtés…
Finalement, fidèle à lui même, il finit par lâcher en vrac le reflet de ses pensées :

- Plus je te découvre, plus je me pose de questions et plus je te trouve bizarre ! Tu es sûre d’être humaine ?

Subtilité, tact, tout ça… Samain avait un peu de mal avec. Ce qui lui sauvait la mise, c’était le ton de sa voix dépourvue, toujours, d’un jugement quelconque. Il était tout simplement éberlué, perdu, n’y pigeait rien et l’exprimait avec une sincérité presque touchante !

Il posa une main sur le bras de sa collègue, par pur réflexe réconfortant, comme il le faisait si souvent lorsque, secrètement, Ana craquait de porter la famille toujours sur le fil du rasoir. Il en avait oublié la texture étrange du derme de la donzelle mais ce fut à peine s’il frissonna. Il soupira et, ne trouvant rien de plus intelligent ou consolateur à dire :

- En tout cas, j’avais vu juste : chanter te va vraiment bien, c’en est effrayant !

Il ramena sa main vers lui et posa ses menottes au sol, jouant machinalement avec le sable.

- Mais c’était très joli. Ca voulait dire quoi ?

Curiosité sincère. Non seulement parce que cette chanson avait eu un effet étrange sur lui, cette transe, mine de rien, n'était pas naturelle et il aurait bien aimé savoir pourquoi, bien que pour l'heure il crût tout simplement que là était une autre part du pouvoir d'Enelle ; ensuite parce qu'il avait bien aimé et qu'il était franchement avide de connaitre l'histoire qu'exprimait une telle mélodie et enfin parce que peut-être était-ce les paroles qui choquaient la jeune femme.
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Enelle Stark


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Lun 17 Oct - 19:24

Enelle esquissa un sourire contrit.

« J’en sais rien. »

Encore une fois, cette réponse, débordant de sincérité. De toute façon, la jeune femme ne devait pas être capable de penser à mentir. Enfin, tout dépendait des situations, bien entendu, mais elle se savait bien plus habile pour éluder de manière saugrenue plutôt que d’inventer des histoires. Néanmoins, ne doutez pas une seconde qu’elle fût capable de vous sortir une énormité avec le flegme le plus éloquent et une sincérité d’une facticité absolument indécelable.

Samain et son cerveau tortueux considèrerait-il sa réponse valable pour son interrogation sur la non-humanité possible de la jeune femme ? Elle se demandait, un peu, jusqu’où pouvait-elle s’amuser à donner des réponses obscures et sincères, jusqu’où la magie de l’imagination pouvait pousser des individus aussi vivants et fascinants. Et surtout, pas du genre à être effrayé par les différences. Car elle le devinait ainsi, Samain : assez malin pour ne pas se fondre dans le cliché moutonesque de la société actuelle, où toute différence était considérée comme une tare, où le moindre écart suscitait une paranoïa affligeante. Surtout par les temps qui couraient. Enfin.

Elle décréta finalement qu’il serait injuste et peut-être même méchant de faire tourner le jeune homme en bourrique, lui qui se montrait de si bonne compagnie. Elle poursuivit donc, reportant son regard sur ses mains dans le sable, commençant à y tracer du bout des doigts des cercles, petits et grandes, soigneusement.

« En fait, j’ai perdu la mémoire. »

L’aveu lui fit tout drôle. Ses mains cessèrent de s’activer quelques secondes. Elle cligna des yeux, comme si elle prenait conscience de ce qu’elle venait de dire. Bizarre, de garder ce secret depuis tout ce temps, puis soudain le révéler à un quasi inconnu. Comment justifier son silence ensuite ? Comment trouver les mots justes ? Comment lui intimer de garder ça pour lui ?
Mais ce qui ennuyait encore plus, c’était parfois les théories qui naissaient dans sa tête, farfelues et affreuses. Qui était-elle, au juste ? Même si on lui avait répété sans cesse qu’en vue de son actuelle personnalité, qu’est-ce qui lui prouvait qu’elle n’était pas un monstre dans son ancienne vie ? Bien qu’elle s’efforçât de ne jamais y songer, elle se sentait parfois mal à l’aise. Parfois. Mais son affinité avec l’océan lui soufflait souvent qu’elle ne devait pas s’en faire. Elle espérait seulement qu’il ne s’agissait pas de son imagination. Évidemment, elle pourrait s’inventer mille et un contes féériques, tous de douceurs et d’héroïsme, elle pouvait être une personne importante, quelque part, au loin… Elle s’y refusait. Parce que, Elliott lui avait fait cette promesse, celle de découvrir ce qu’il en était. Et en aucun cas elle ne voulait faire face à la déception.

Enelle fronça les sourcils ; ses pensées s’aventuraient sur une pente un peu glissante, et cela lui déplaisait. Elle se reconcentra un peu, pour savoir sur quoi se focaliser. À oui. Samain. Sa réaction. Voilà qui lui semblait bien plus approprié que ses songeries.


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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Mar 18 Oct - 19:39

Ah, elle n’en savait rien… Encore ? Décidemment… Samain pencha légèrement la tête de côté alors que son esprit s’envolait dans les sbires de la logique (très tarabiscotés par chez lui) : peut-être qu’elle disait ça comme ça... Après tout Ana chantait souvent une comptine Yolienne dans une langue qu’elle même ne devait pas comprendre -et qu’elle avait d’ailleurs dû amèrement massacrer au fur et à mesure du temps…
Mais "la première fois que des paroles lui viennent", Enelle chante quelque chose qu’elle ne comprend pas ? Et qu’est ce que ça voulait dire, ça « des paroles me viennent » ? Il n’y comprenait rien ! Il secoua la tête, l’air d’un chaton qui s’ébroue et chassa toutes ces choses compliquées de sa tête embrouillée : au diable tout ça, après tout ça ne le concernait pas, si ? Si Enelle voulait garder ses secrets, il la comprenait parfaitement, il fallait juste qu’il s’empêche d’y penser parce qu'autrement, sa curiosité naturelle allait le ronger jusqu’à la lie de sa matière grise…

Non parce qu’effectivement il ne voyait pas comment des paroles pouvaient lui « venir » ! Il ne savait à vrai dire même pas comment prendre cette affirmation ne sachant absolument pas sous quel angle regarder et…
Sam’, par Uen, on t’as dit de ne pas te prendre la tête avec ça !
Et de nouveau, il se calma… Mais c’était quand même bizarre de chanter une chanson avec un effet aussi puissant sur l’entourage sans savoir de quoi…

« En fait, j’ai perdu la mémoire. »

Bam.
Une clef tourna dans la serrure que Samain s’escrimait à crocheter. Un joli « clic » qui résonna dans tout son crâne à lui en faire mal.
Mal.
Perdu la mémoire ? Comme… Comme perdu la mémoire ? Sérieusement ? Genre… Perdu la mémoire, quoi ?
Samain tourna un regard frappé vers Enelle. Aucune autre émotion n’était lisible tant sa stupéfaction mangeait l’espace de sa capacité d’expression faciale : plus de mémoire !
Soudainement, toutes les pièces manquantes d’un bout du puzzle (et un bout seulement) se mirent en place : le « je ne sais pas » quand à l’endroit où elle avait grandi, la chanson évidemment qui devait être un vestige passé, cette morosité étrange qui planait autour d’elle en permanence, son manque de vitalité ou… Evidemment : plus de souvenirs !
Et la stupéfaction s’effaça pour l’horreur… Perdre la mémoire… Ne plus se souvenir d’Ana, Dag, Morri, Cernu, feus ses parents, sa maison, son école, les bagarres, les rires, les pleurs, les évenements en tout genre, les 400 coups, les… Perdu la mémoire ! Comme… un gros vide ? Un gros blanc ?
Il ouvrit la bouche… La referma… Tourna les yeux sur l’océan et le fixa, toujours abasourdi… Il n’avait jamais pensé à ce que ça pourrait être que l’amnésie…

- C’est…
Il chercha un mot… ne le trouva pas… en donna un autre, moins fort :
- … terrible.
Son ton lourd comme la pierre, le froid mordant qui semblait charrier ses paroles, la terreur évidente que la perspective lui inspirait… Tout en Samain criait la sincère prise au sérieux, la sincère compréhension qu’il éprouvait subitement pour Enelle. Pas de pitié ou de compassion, non, pas chez un Sidhorin. Juste un tsunami de total soutient moral. Sentant le regard de l’étrange jeune femme, Samain tourna de nouveau les yeux vers elle et dit ce qui lui passa par la tête :
- Y’a intérêt à c’que tu t’en fabriques plein, des souvenirs, sinon tu vas jamais décoller…
Il se perdit un instant dans le bleu incroyable des prunelles de sa vis-a-vis, dégagée de leur bouclier capillaire par la brise qui soufflait et prit soudain conscience que, de tout ceux qui se posaient des questions sur « Enelle-la-bizarre », cette dernière devait être celle qui désirait le plus ardemment y répondre... Et celle, peut-être, qui devait avoir le plus peur de savoir.
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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Dim 23 Oct - 17:22

Enelle offrit un joli sourire à Samain.
Un peu triste, très reconnaissant.

Il ne s’apitoyait pas, restait lui-même, ne s’embarrassait pas de fausse compassion. Il se contentait de rester étrange dans ses remarques, dans son soutien. Il demeurait le même Samain et ses idées farfelues – non, mais, fabriquer les souvenirs ? Quelle drôle d’image ! – et, à sa façon, réconfortant. Elle se sentait plus légère, plus libre, déjà. Voilà, des souvenirs, elle en avait déjà tout plein. Surtout depuis cette soirée. Ce qui l’inquiétait plus, c’était les mystères de ses origines. Elle se savait fichtrement différente et n’était pas certaine que cela était seulement dû à son incapacité à se souvenir.

Son sourire s’accentua.

« Merci, Samain. »

Voilà qui était étrange, aussi, de prononcer ce nom, là, dans ce décor, avec l’océan pour chanter devant eux, et les confidences pour les lier. Était-ce cela, avoir un ami ? Elle espérait. Elle voulait que cette confiance dure et jamais ne s’étiole, elle voulait se sentir vivante et légère, elle voulait toujours pouvoir compter sur quelqu’un. Quelqu’un d’autre qu’Elliott, quelqu’un qui faisait parti intégrante de son quotidien, dont la présence la rassurerait même au travail ou lors de leurs futures promenades.

Elle s’étonna en imaginant ces balades en question. À faire les andouilles avec les miroirs et à semer des marchands, probablement. Elle se voyait moins partir en excursion au fin fond de la forêt – puis, la Cité des Ronces l’intimidait plutôt, seul endroit hormis la mer qui lui faisait ressentir quelque chose. Un jour, peut-être, demanderait-elle à Samain de l’accompagner faire un tour en bateau. Seule, elle craignait de se laisser emporter, de plonger bêtement et de se retrouver seule face à la houle, son embarcation envolée. À bien y repenser, c’était un cauchemar qu’elle faisait régulièrement. Et à chaque fois, les flots se jouaient d’elle et le sable s’infiltrait dans sa bouche sans qu’elle ne sût comment.

Enelle ouvrit la bouche pour mentionner – de but en blanc – cet étrange songe, avant de se raviser. Elle avait beau se faire de jolis films sur l’amitié, sa grandeur et compagnie, elle jugeait tout cela trop nouveau, trop prématuré. Après un certain sentiment de libération, c’était maintenant une étrange gêne qui l’envahissait. Dérangeante, car elle n’en connaissait pas l’origine et ne pouvait donc se résoudre à l’ignorer simplement. Elle avait besoin de temps pour réfléchir, attendre le bon moment. Quand la nuit serait tombée et qu’elle pourrait ouvrir en grand sa fenêtre pour respirer la fraîcheur nocturne. Alors, ainsi seule et plongée dans l’obscurité, elle fermerait les yeux installée en tailleur sur son lit, pour écouter les murmures du vent et des étoiles. Rien de plus calme, malgré les quelques clameurs de la ville, pour pouvoir se plonger posément dans ses pensées et réfléchir à toutes ses histoires, et à son propre comportement. Peut-être essaierait-elle de causer à un miroir, aussi, voir si son don lui permettait d’atteindre Beltaine, ou qui sait ? calquer le don de Samain et ainsi trouver son propre reflet, tout plein de souvenirs de son ancienne vie ?

Le garçon serait-il donc contagieux avec ses drôles d’idées ?
Possible.

Enelle s’étira en levant les mains vers le ciel. Ses cheveux la chatouillait, si bien qu’elle songea à faire raccourcir sa frange bientôt. Elle renfila ses chaussures, se leva, d’un mouvement fluide, avant d’offrir un dernier sourire à son compagnon d’aventure :

« J’ai des choses à faire avant d’aller travailler. À plus tard. »

Et la voilà qui partait, sans un mot de plus, sans attendre de réponse, d’une façon peu commune qui pouvait paraître impolie. Mais c’était Enelle dans toute sa splendeur.
Complètement à côté de la plaque.


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Samain Sidhorin


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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Dim 23 Oct - 18:36

La jeune femme remercia Samain et celui-ci répondit par un simple haussement d’épaules : pourquoi le remerciait-elle ? Il n’en savait rien, mais c’était toujours impoli de contrecarrer un remerciement, Ana le lui avait appris à coup de… Bref. Il se contentait donc d’expliquer par ce simple geste que quoi qu’il ait fait pour plaire à la donzelle, ça ne lui avait pas coûté bien cher.

Alors qu’un silence paisible et amical s’installait tranquillement, se lovant entre eux avec une chaleur simple et complice, Samain se rendit compte qu’en une heure ou deux, il en avait plus appris sur Enelle qu’en plusieurs mois ! Comme si subitement, un pont qu’aucun d’eux n’avaient jusqu’alors aperçu leur était apparu comme traversable. Pas de surprise, d’étonnement, de rien… Ils étaient là comme si ce lien tout simple de « camarade de course dans les Allées et de révélations à la plage » était là depuis le début. Drôle, non ? Le garçon sourit, se renversa en arrière, appuyé sur ses mains et regarda le ciel où quelques étoiles commençaient à poindre. Il allait bientôt falloir aller bosser. Samain aimait bien son travail. Certes, il lui arrivait d’en avoir ras-le-bol de courir à droite à gauche mais il régnait le plus souvent une ambiance familial à l’auberge, un élément qui lui était on ne peut plus familier. Il se sentit un pincement triste en songeant que pour Enelle, ce devait être différent… Ne pas se souvenir de sa famille… Pour le Sidhorin, le fait semblait être le pire des châtiments…

Enfin, le joli brin d’étrangeté s’étira, remis ses chaussures, se leva et dans un dernier sourire, expliqua qu’elle avait à faire avant le boulot.

- ‘t’à l’heure, répondit Samain alors qu’elle s’éloignait déjà.

Impolie ? Pas un quart de seconde l’idée n’effleura l’esprit du bonhomme qui s’allongea tout à fait dans le sable, bras sous la tête. Il resta un moment ainsi, ne ruminant rien, ne réfléchissant pas, libérant simplement son esprit alors que lui-même restait profondément ancré dans son corps, simplement là et heureux d’y être. Relevant une jambe, il frôla quelque chose… Tiens… ? Il se releva d’un bond : les courses ! Ana !

- Oh non…

Les Sidhorin affamés ! Le pire des fléaux qu’Al Dryen ait crée, peut-être même pire encore que Sund pour le point de vue subjectif d’un pauvre jeune homme qui allait sous peu se faire écorcher vif en guise de dîner… il saisit les aliments et se mit à courir en direction de la ville… il allait se faire laminer…

Il grimaça : et dire qu’il ramenait… des algues…

Sûr… Sous peu, il serait rôti… Assaisonné par la pire des cuisinières qui ait un jour osé touiller un gruau…
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MessageSujet: Re: Le Double et la Demie (suite)   Dim 23 Oct - 18:45

Terminé !
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